Foetus ([info]oofoetusoo) wrote,
@ 2007-03-23 15:56:00
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Current mood: uncomfortable
Current music:Rufus Wainwright - 'The Art Teacher'

A chacun son laïus
Y a-t-il plus acide brûlure que celle de laisser les heures vous ronger sans avancer ? Fut un temps avec ingénuité je me perdais en digressions infinies sur tout ce que mon âme guettait de spirituellement délicieux. Ont connue mes méninges les jours sombres du tout un chacun, n’est-il pas de plus joli coin d’ombre pour enfanter que le puit asséché de l’encéphale ? Pas de plus exquise détresse que celle d’être prisonnier de soi même ? Tant que les certitudes de ce qui fait de moi ce que je suis ceinturent ce mot de huit lettres que je caresse comme une enfant malade, avec ce qui m’apparaît chaque jour comme d’avantage qu’un désintérêt surgelé. Il n’était pas de machinerie humaine qui puisse prétendre venir à bout de mon être capricieux, de mon corps sourd et buté à contre courant. Eut-il seulement fallu que je fasse aveuglément confiance à ce que vous appelez le privilège de l’élite ? Votre système m’écrase, me castre, me tue… Tumeur maligne. Je me sens amputée de ce défaut chéri qui n’appartenait qu’à moi, comme pourvue d’une puce dans le chou fleur ou la noix de mon cervelet, un circuit inhibiteur et triste qui mangerait en pleurant le m’est avis. Quel avis ? Vous travaillez à ce que nous n’en ayons plus, vous nous engraissez du vôtre l’air de rien, et jouissez de déchiqueter le moindre coin d’une pensée autonome…
J’avais cru rejoindre mes attentes comme un reflet de Michel Ange le doigt tendu vers moi… Je n’ai touché que le verre trompeur de ce que vous vendez si bien : votre surface. Mon cœur brûlé dont la culture ne fut jamais que la seule amante, part en cendre de n’y trouver qu’une étagère inaccessible, je vais à reculons. J’aspirais à renverser l’étagère pour l’examiner, jouer avec et la confronter, au lieu de cela voilà que je suis encore ce petit être à qui vous tapez sur les doigts chaque fois qu’il les plie et les déplie frénétiquement, les bras tendus vers ce qui n’aurait jamais du être un tribut.
Si l’interdiction seule me dévorait les viscères, alors il suffirait de fermer les yeux, de n’en avoir que faire. Mais au compte-goutte grossiers personnages, vocations ratées, gueules de Hale, grises et errantes… Je ne sais quelle amertume, quel rêve d’enfant assassiné vous plonge dans la certitude d’une supériorité finalement bien fragile à l’aune de mes priorités. Je voudrais pouvoir continuer de me chanter cette berceuse, mais les seaux de javel incessamment jetés contre mon front blanchissent la certitude de votre vanité. Je me prends à douter, voyez… Vous me l’avez volé.
Mon enfant d’assurance volage, je ne suis plus qu’un appendice du monde, je me sens vide et aqueuse devant chaque page, rendez-moi l’innocence insupportable et sans dieu de mon jugement. Mes yeux souillés ne peuvent plus se poser sur rien sans que le mot d’erreur s’abattent sur la liesse de simplement fluctuer en moi. Comment avoir pu prendre les commandes de ma gondole, pourquoi polluer l’eau de ma Tamise ?
Alors que je savais un jour faire de ma haine un trésor comme l’homme rêve de changer l’eau en vin, je ne me lève plus que sur la mort de ma muse, comme si le prix à payer pour rentrer dans votre université, était celui de recoudre soigneusement chaque bouche hurlante de mes aspirations.
Ecoute et tais-toi.
Même lorsque vous prétendez à un ersatz de liberté, je sens les motifs cachés qui ricanent et humidifient à l’éponge mon dos, mes mains. Nuit après nuit je me couche sur l’aigreur de l’échec qui semble avoir mazouté chaque recoin de mon lit. Plus de ses plumes aux couleurs inexistantes que j’inventais sans même que le mot de conséquence ne me bouscule. Ne vous méprenez pas, je vous devrais au moins cela, de mon laideron maître Sartre j’aurais retenu que les mots sont une arme. Là où je plaide pour ma défunte candeur, c’est en ce que vous avez manger sa valeur. Pourtant, mes vingt printemps y concourant peut-être (les jalousez-vous ?) j’avais osé prétendre à une voix claire et vrai.
Déjà, j’en parle à l’imparfait, irez-vous rapporter à Belzébuth la nouvelle âme que voilà consumée ? Si jamais ma plume ne se relève après cette année, je ne vous en tiendrais pas rigueur, je n’aimerais honorer les huit lettres qui régissent ma vie sur une stupide rancœur.
Je maudis toutes les institutions géométriques au nom des tiges d’oie que vous avez brisé entre vos doigts…







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Auteur : F0etus
Rating : R
Warning : Je sais ce que les habitués pensent du RPS, ne vous déplaise, je ne chercher à offenser personne, je ne suis proche du cast de QaF en aucune manière et… Toute ressemblance avec des faits ou des personnes réels serait fortuite… Nan ? C’est pas ça… Oui je biaise sur la relation qu’ils n’ont jamais eu et n’entretiendront sûrement pas d’avantage, pur DELIRE, entière SPECULATION. Randy sort avec son thon, euh, avec Simon, et Gale continue de nous faire croire, euh de nous dire, qu’il est purement hétérosexuel.
Note : Dans l’état d’esprit où j’ai commencé cette chose, il ne sera sans doute jamais question de la finir. Préliminaires avortées et sans suite. Enjoy.

J’essaye désespérément de songer à quelques exemples plus ou moins célèbres…
Ça ne vient pas sur l’instant et pourtant je suis certain que c’est monnaie courante, c’est une chose qui arrive, qui DOIT arriver de façon régulière.
Mais non, je ne vois pas, vraiment…
Vous savez comment c’est, comme quand on vous demande ce que vous voulez pour Noël et que vous n’êtes pas foutu de donner une réponse alors que vous avez croisé au cours de l’année un nombre incalculable de choses qui vous faisaient envie mais que vous ne pouviez raisonnablement pas vous offrir. Là, maintenant, je ne peux pas penser au moindre exemple solide, et pourtant je sais que ça arrive.
Je veux dire, le principe en soi a quelque chose de malsain, de sadique, comme un jeu dangereux qui vous fait marcher sur une lisière entre votre santé mentale saine et sauve, et une schizophrénie latente. On ne simule pas les sentiments, on n’est pas sensé jouer avec comme de la play-doh, se les coller sur le visage pour faire semblant, les étirer, ou même les contrôler, tout simplement. Par quel complexe démiurgique les hommes se sont-ils imaginés qu’ils avaient le droit de faire comme, je ne sais pas, une reconstitution émotionnelle ? Sortir de soi-même, se dire que c’est son gagne-pain, ne pas y prendre cœur, rester purement professionnel ? Pitié… Je ne doute pas une seule seconde que les trois quart des acteurs font ça sans aucun problème, je suppose que n’est pas acteur qui veut et que nous sommes sensés avoir été choisi entre autre pour ça aussi. Être acteur c’est jouer un rôle, le commun des mortels regarde la télévision, va au cinéma sans soupçonner la force de caractère qu’il faut pour s’approprier un personnage, se l’approprier, devenir lui, mais surtout redevenir soi, jour après jour, le tout sans faire de crise d’identité.
Je crois me souvenir d’une petit esclandre à l’époque de Buffy contre les vampires, après la première saison, les magasines people regorgeaient de photos de la mère Sarah se bécotant avec David hors plateau, quelques rumeurs croustillantes selon lesquels le beau ténébreux aurait rencontré quelques difficultés à sortir se langue des amygdales de la belle après que le « coupé » ait retenti. Jennifer Garner et Michael Vartan ? Attendez, Brad Pitt et Angelina Jolie…
Je crois aussi me rappeler que ça n’a jamais fait long feu, et ça ne m’aide pas. Ça prouve seulement que leur travail les a plongé dans une drôle de confusion mentale, et qu’après avoir laisser glisser les sentiments de leurs personnages dans leur vie réelle, ils ont simplement réalisé à quel point c’était ridicule. Et ils sont rentrés, chacun de leur côté, soulagés de n’avoir tenté l’expérience que pour constater à la fin que tout cela n’était pas vraiment réel. Je me lève matin après matin, espérant toujours plus fort que ma petit déviation émotionnelle trouvera son achèvement dans les mêmes circonstances.
Bizarrement j’entends la voix de ma mère dans le fond de mon crâne. J’avais cette sale manie qu’ont tous les mômes lorsqu’ils font une bêtise de la comparer avec les bêtises plus monstrueuses encore de leurs camarades, dans l’espoir de minimiser les choses, comme pour les placer sur une échelle, leur donner un sens. « Oui mais maman tu sais, Kevin et ben lui il a… ».
Et ma mère de répondre qu’il ne s’agissait pas des autres mais de moi.
Et je sais que la situation dans laquelle je me trouve n’a rien à voir avec Sarah, Jennifer et leur co-star.
C’est de moi, et de MA co-star dont il s’agit.
Et nous ne bottons pas le cul des vampires, nous ne sommes pas deux agents secrets, nous ne jouons pas à faire semblant, nous jouons à faire vrai, et c’est d’autant plus difficile. L’impact social de notre travail nous fait marcher sur des charbons ardents, nous nous voyions tous forcés de prendre position, de tourner notre langues sept fois dans notre bouche avant de lâcher un mot aux médias. Ils attendent comme des charognards le moindre morceau de viande avariée à étaler en première page. C’est une explosion à double tranchant, elle se doit de faire voir aux gens ce sur quoi ils fermaient inconsciemment les yeux, mais sa franchise lui vaudra d’être mise au piloris, on ne peut pas échapper l’hypocrisie du monde en jouant notre jeu. Bien sur nous voulons tous que l’onde de choc ait des répercussions positives sur la perception de la communauté gay, mais nous ne faisons pas notre métier pour ça. Et ce n’est pas seulement mâcher ses mots d’un point de vue politico-social que de travailler sur un projet de cette trempe, c’est aussi ranger votre vie dans un carrée pour qu’elle ne déborde pas, qu’elle ne trouble personne.
« Vous incarnez un homosexuel très affirmé dans sa masculinité, un véritable prédateur sexuel, les scènes graphiques ne se révèlent-elles pas difficile à jouer en votre position d’hétéro ? » « Le brouillard que vous laissez volontairement planer sur votre sexualité déchaîne les chroniques, qu’en est-il exactement ? Pourquoi ne pas vouloir lever le voile sur ce mystère ? »
Je ne peux pas leur répondre comme un adolescent un peu anarchiste que je ne m’impose pas de limite en matière de sexualité, que mon esprit est ouvert à toute forme d’élévation orgasmique, qu’il s’agisse de l’incomparable fournaise du fourreau vaginale féminin, comme de la sensation de plénitude de se faire empaler le cul jusqu’à la garde. Je ne peux décemment pas leur expliquer ça. A Hollywood la star n’est jamais bi, c’est une dépravation qui va de paire avec l’héroïne et un mode de vie un peu thrash ; Il n’y a pas loin de cinquante millions d’étiquettes parmi lesquelles le métro-sexuel, élégant et raffiné, l’homosexuel fièrement sorti du placard, intelligent et pertinent, l’excentrique hautement folle, le macho que ça ne dérange pas mais qui ne joue pas dans cette équipe, l’hétéro intelligent et tolérant, même l’homophobe partisan de Bush a son étiquette. Mais la bisexualité c’est un peu comme la nymphomanie, et puisque hélas on ne peut pas vivre sans étiquette, et que visiblement j’ai mal choisi la mienne, alors je brode, je tourne autour du pot.
Je ne veux pas mentir.
J’ai joué avec nombre de partenaire de la gente féminine et je n’ai jamais rencontré ce problème, je veux dire ce petit problème là, comme un petite démangeaison qu’il faut à tout prix que je gratte. Je réalise aussi que la pression était moins présente, je n’avais besoin d’en discuter avec aucune d’elles, les scènes de sexe étaient VRAIMENT techniques à ce moment là. Ça n’était pas plus atypique pour moi que de tondre le gazon le premier dimanche du printemps. Chacun dans sa loge, chacun son texte, c’est l’heure, on enlève son peignoir, on le fait, c’est à peine si on n’est pas en train de se demander ce qu’il y a de bien ce soir à la télé que c’est le moment de remballer, on se rhabille et on passe à la scène suivante.

Et puis j’ai rencontré Randy. Et on n’y peut rien, depuis le jour des essais nous nous sommes rendus compte l’un comme l’autre qu’on ne pourrait jamais passer au travers de cette expérience si nous ne bâtissions pas d’emblée une confiance mutuelle, totale, sans limite.
Dès le premier baiser, nous avons libéré cette chose interdite, un monstre de sensation, comme si j’avais toujours été la serrure, et lui la clef mais que nous n’étions pas destiné à ouvrir la cage de cette créature… Si nous nous touchons, un effleurement seulement, elle nous soude, un lien brûlant, j’en garde jour après jour des cloques à l’âme. Je ne sais pas si la vie espérait qu’en cachant chaque extrémité de notre tout dans deux entités masculines fondamentalement différente par leur définition sexuelle, elle empêcherait l’explosion, la déflagration. Je ne sais pas pourquoi je reste persuadé que cette chose entre nous est trop intense pour être permise, mais je sais que les producteurs bénissent chaque matin que fait la vie pour leur avoir fourni une alchimie comme la nôtre. Personne ne peut dire le contraire, la version anglaise peut soupirer de mépris, il n’est pas de couple gays à l’écran qui vous fasse venir dans votre pantalon plus vite que Justin et Brian.
Randy et moi n’avons pas vraiment eu à faire d’effort pour nous entendre. Au delà de cette sensationnelle fusion physique, nos esprits se sont très vite trouvés eux aussi. Avec le recul, merde, ça ressemble au plus magnifique des coups de foudre jamais décrit depuis… je ne sais pas. Vous savez, nos corps semblent avoir été conçus pour s’emmêler, et chacun finit les phrases de l’autre, on communique simplement par battements de paupières et s’il a mal je le sais, je le sens.
Mais non, quoi qu’il en soit, c’était sensé rester dans un cadre strictement professionnel, les producteurs ne se soucient pas vraiment de savoir ce qu’il se passent dès que leurs stars mettent un pied au dehors du décor. En revanche ils s’assurent régulièrement que leurs deux têtes d’affiche ne se baisent pas, ça pourrait compromettre le projet, ça pourrait faire désordre.
Malgré tout, malgré l’industrie de la télévision, malgré ce climat nécessaire mais faux, nous sommes devenus amis. Très amis. Trop amis ? J’aime qu’il y ait des gens qui vivent dans sa tête, j’aime qu’il soit maniaque et perfectionniste, j’aime son humour merdique, il est aussi un tantinet égocentrique mais je suppose que tous les vrais artistes le sont un peu, et puis il est intelligent et il le sait, pour d’autre c’est exaspérant, moi j’ai toujours trouvé cette assurance… sexy.
Il m’a tout de suite mis à l’aise.
Et non, ce ne fut pas l’inverse contrairement à ce qu’on pourrait croire.
Je ne m’exprime pas vraiment, c’est une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais obtenu beaucoup de rôle, j’ai la réputation d’être antisocial, et de ne pas faire d’effort pour changer ça. Une véritable tare dans le show-biz, sérieusement pour qui je me prends ? Randy à d’emblée compris qu’il fallait faire la conversation pour deux. Il aime mes réponses monosyllabiques et il s’y est accoutumé là où n’importe qui d’autre aurait abandonné, frustré.
C’est très étrange vous savez de commencer une histoire d’amitié en apprenant de l’autre ses zones érogènes, la moindre aspérité de l’interminable tapis de sa peau, la façon dont vos doigts glissent dans ses cheveux, le contact calleux et intime de ses articulations, la sensation molle et sensuelle des recoins que seuls les amants se connaissent… Mais c’est venu avec un tel naturel, entrecoupé d’informations plus conventionnelles comme ses artistes favoris, son parfum de glace fétiche, ses destinations préférées en matière de vacance, son enfance en long en large et en travers, des anecdotes de sa sortie de placard, comment il préfère ses œufs, ou encore pourquoi il emmène avec lui la discographie complète de Sigur Ròs chaque fois qu’il se déplace quelque part.
Nous en sommes très vite venus à passer énormément de temps ensemble, et il n’a pas fallu une semaine pour comprendre qu’il ne s’agissait plus seulement de préserver l’atmosphère entre Brian et Justin. C’est juste… J’ai rencontré mon meilleur ami sur le tournage, comme le très mauvais titre d’un très mauvais film, mais c’est le mien alors tout va bien.
Et je suis là où j’en suis aujourd’hui.
Ce serait mentir que de dire que les choses ont toujours été claires entre nous, nous avons souvent joué avec le feu, toujours involontairement, je suis même tenté de dire inconsciemment. Il n’a jamais été question d’afficher une proximité dangereuse pour créer la confusion ou mettre les gens mal à l’aise, les instants funambules qui titubèrent sur le fil de rasoir de notre amitié, sont certainement ceux où la sensation de notre solitude à deux était à son comble. Plus nous sommes seuls, plus la situation gagne en confort et plus nous nous enfonçons dans le velours de cette intimité. Je n’avais jamais rencontré personne qui me fasse ressentir ça, je ne suis pas un homme de limite mais en matière de relations humaines j’ai toujours soigneusement trié mes amis et mes amours.
Je ne suis pas dérangé par le tour que prennent les choses, ça n’est jamais maladroit, mais ça n’est pas non plus constant, ce n’est pas une chose à laquelle je peux me remettre en fermant les yeux. C’est une chose qui gagne en intensité et si je ne la surveille pas je peux la briser, la mettre en danger, je peux la blesser… Et je ne suis pas sur de vouloir la laisser brûler à son paroxysme au risque de la perdre.
J’en suis arrivé à un point où je me demande où sont les limites, quelles sont les limites, s’il y a seulement des limites… Ça n’est pas un bon point. J’ai franchi l’étape où la question ne se posait pas encore, où ça n’avait pas d’importance, je suis arrivé au moment où cette chose entre lui et moi m’importe si fort qu’elle me découd, elle me déchire de l’intérieur. Il est fini le temps où ces sentiments ne portaient pas de nom, je veux leur donner corps, je veux les stabiliser. Je suis humain. Je veux me rassurer. Ou bien je vais reculer, retourner à cet endroit où il n’y avait de doute pour personne, à cet endroit sûr où je contrôlais tout…

*
* *

Comme exactement chaque matin, Randy pénètre silencieusement dans ma loge, le visage dévoré par le bol de café au lait qu’il tient dans une main, l’autre invariablement distraite par une occupation ou un objet insolite. La surprise varie en taille et en originalité selon qu’il a discuté avec Nathaniel, Barry, Lauren, Georges ou Sissi. Ce sont les gens dans sa tête.
Ce matin c’est un magasine people dans sa main.
Il déglutit et pose son bol à côté de ma fougère sur le haut tabouret à l’entrée, il reste une gorgée du liquide sucré au fond, il ne finit jamais, ni son thé, ni son verre d’alcool, ni son café, ni même ses verres d’eau entre les prises.
Il ferme la porte en prenant plus d’une minute entière de délicatesse pour ne pas que le clic de l’enclenchement se fasse entendre. Je me suis longtemps demandé s’il avait peur de me réveiller puisqu’il sait que je dors souvent ici, ou encore s’il était dérangé à l’idée que le reste du casting enregistre cette manie quasi obsessionnelle de venir somnoler dix minutes, un quart d’heure avec moi avant de commencer la journée. Et puis j’ai simplement compris à mesure que nos intimités s’apprenaient, que l’aurore le laissait à fleur de peau, qu’il cherchait spontanément à capturer la douceur qui remplit les premières minutes après le réveil comme de l’eau entre ses doigts.

Les sons étouffés des premiers moteurs dehors, le tic tac de l’horloge de sa cuisine, la lueur mauve et froide du ciel en éveil de Toronto, cette lumière épaisse, souvent enrouée de brouillard et teintée encore légèrement de l’encre profonde de la nuit. Le matin perce à travers les lattes en métal de ses stores, et coule sur les draps bruns. Il tire sur la chaînette en minuscules perles de plastique et il aperçoit encore la silhouette de Dame la lune, pâle, presque transparente sur le bleu opalescent du jour qui se lève. Et puis il disparaît sous les couvertures, se recroqueville au centre du matelas là où son corps a emmagasiné de la chaleur toute la nuit, il fait des cercles avec sa paume contre un morceau de drap tiède, comme un rituel d’enfant avec son doudou, et se rendort pour quelques minutes.
Je sais par cœur ses matins car il n’est pas de nuit que j’ai passé chez lui sans finir par abandonner le canapé pour me caler au chambranle de sa porte entrouverte, il n’est pas de nuit où l’envie de le regarder dormir jusqu’au levé du jour n’ait fait de moi son esclave. Il ne laisse la porte de sa chambre ouverte que lorsque je dors à l’appartement avec lui. Il y a des verrous posés à chaque porte de chaque pièce, il les vérifie près de cinq à six fois avant de fermer celui de sa chambre. Randz est un peu parano, mais il m’a avoué il y a longtemps déjà qu’il ne dormait jamais mieux que quand il me savait à deux pas de lui. Je me surprends sans cesse à penser dans ma contemplation que je voudrais retenir ce moment de douceur pour lui, pour qu’il ne se voit pas obliger d’affronter la journée… Rien qu’une fois prolonger ce carcan protecteur, le garder dans le coton de ses rêves dérangés, dans la tiédeur des draps froissés…

- A quoi tu penses ? Murmure-t-il mollement appuyé contre mon bureau.
Je reviens au présent, à ma loge. Encore l’un de ces nombreux instants d’égarement durant lesquels je disserte sur l’art de rendre sa vie plus belle. Quand exactement ai-je commencé à enfreindre les règles de l’amitié ? L’ai-je fait ? Suis-je en train ?
- A rien, je lui réponds très doucement. Viens t’allonger.
Je lui désigne mon sofa de boudoir art nouveau, un caprice qui ne me correspond pas du tout, mais les gens ont cessé de vouloir me cerner très tôt dans ma vie. Il m’embrasse furtivement sur la bouche et lance le magasine sur mes genoux avant de se laisser tomber au milieu des coussins. D’horribles coussins en coton bon marché qui jurent presque illégalement avec le luxe de mon sofa. Il en attrape un qu’il cale sur son estomac et lace les doigts de ses deux mains dessus.

La semaine dernière Lauren n’était pas bien.
Lauren à quatre ans et demi mais c’est une petite fille dangereusement intelligente, elle est malade, très malade. C’est elle qui est l’angle noir, froid et nombriliste de l’âme de Rands. Elle est à la fois malsaine et simplement atteinte d’une mélancolie incurable, une tristesse permanente et profonde qui prend sa source partout et nul part, mais qui ne trouve pas d’achèvement. Lorsqu’elle se manifeste, elle parasite la tête de Randy plus tyranniquement et plus longtemps que tous les autres personnages réunis. C’est elle qui l’a fait apparaître au seuil de ma loge lundi dernier avec ce mouchoir à carreaux bleu ciel noué autour du poignet. Ce premier matin je me suis jeté sur lui et j’ai défait le nœud avec des mains tremblantes, j’étais si agité et j’avais tant de mal à trouver le chemin de ma respiration que ma vue se brouillait et mes doigts s’emmêlaient. Je me souviens encore qu’au bord de défaire le nœud j’ai laissé s’échapper ce gémissement de détresse, faible et rocailleux. Comprenez que Lauren est vraiment dérangée, la mort la fait rire ingénument et elle déteste Randy. C’est la maîtresse des prises intempestives de Xanax et de l’amour des narcotiques en tout genre. Il a suffit que je rencontre ce vide gris et muet dans les yeux de Randy pour que la pensée me traverse comme un éclair que si cette petite sado masochiste s’était mise aux lames de rasoir, j’irais l’extraire de son cerveau, peu importe comment. Je revois avec une limpidité effrayante la façon dont le tissus enveloppait ce point vital, tendre, noué de veines battantes, mais dessous il n’y avait rien, la peau était intacte, blanche et lisse, imprimée d’un parfum de draps, de sommeil et d’innocence. Je me rappelle avoir cherché le regard de Rands aussitôt et, après m’y être accroché, l’avoir scruté avec une inquiétude violente, inquiétante. Il a souri, mais derrière la rangée de ses dents blanches je devinais le sourire désaxé de Lauren, elle semblait m’accuser avec amusement de cette inquiétude déplacée. « Vois comme tu est concerné vilain hypocrite… ». Un jour Randy m’a avoué que Lauren nourrissait une passion malsaine pour moi, en vérité je crois qu’elle est jalouse de l’affection que je porte à celui dans la tête de qui elle vit.
La pression du sang qui pulsait comme des rapides dans mes tempes, brouillait ma vue de tâches blanches à chaque battement de cœur. J’ai vu les lèvres de Randy s’agiter mais je n’entendais déjà plus que la symphonie organique du mécanisme compliqué de mon corps. Je me suis demandé avec détachement si j’allais m’évanouir, mais finalement mes oreilles se sont rendues au monde extérieur et le son correspondant au mouvement des lèvres de mon meilleur ami fut la première chose qui tapissa mes tympans.
- Câlin…
Sa voix était implorante, elle sonnait presque comme une interrogation. Le sourire qui ne lui appartenait pas vraiment s’était fondu en une expression de détresse douloureuse, je le sentais perdu comme si Lauren l’avait évincé pendant la nuit entière et qu’elle venait juste de lui rendre sa conscience. Perdu comme celui qui sait sans pouvoir rien faire qu’elle avait toute la nuit pour le détruire, et qu’un jour ou l’autre, elle s’y mettrait sans doute sérieusement, parce que jouer avec ses nerfs ne lui procurerait plus un sentiment de douleur suffisamment intense pour son esprit malade.
Ses épaules frissonnaient de manière syncopée, sans contrôle, et sa chevelure mouillée dégoulinaient pitoyablement en tâches pourpres et sombres sur le rouge écarlate de son pull. A chaque goutte qui se suicidait sur ses épaules ténues et carrées, semblait s’ouvrir une plaie, et la régularité de leur chute battait un rythme funeste, comme si la plaie respirait. L’eau tombait, formait une bulle sur le coton, puis le tissus l’absorbait, et encore et encore… Comme un gros ventre sans peau qui respirait.

Lauren est simplement le nom que Randy donne à son mal être, toutes les choses auxquelles il n’a pas su faire face en temps et en heure, et qu’il a préféré enfouir un peu trop grossièrement, un peu trop superficiellement dans sa hâte d’en finir. Il n’intègre pas sa tristesse au compte goutte dans le fleuve de sa vie, de façon à la gérer progressivement chaque jour ; Il la laisse s’amonceler à la porte de la case réservée à la douleur, et lorsqu’il change de personnage elle explose, plus ou moins violemment selon le temps écoulé depuis la dernière fois que Lauren s’est manifestée.
C’est un cas de schizophrénie que l’on pourrait presque qualifier de courant dans le monde de la médecine de nos jour. Qui plus est, les rôles spécifiques qu’il a distribué à chacun de ses personnage révèlent assez bien la nature des troubles de sa personnalité, et puis il n’y en a pas tant que ça, il ne sont que cinq à cohabiter sous son chapeau. Toujours est-il que Randy ne pense pas vouloir guérir. Il me dit souvent que s’il venait à suivre cette thérapie qui consiste à réunir tous les personnages et à lui rendre une personnalité unifiée, solide, il n’aurait pas l’impression d’être guéri de quelque chose. Il aurait l’impression de se faire charcuter l’âme.

Ce matin là, le matin du mouchoir bleu à carreaux, j’ai glissé un bras autour de sa taille, enveloppé ses épaules grelottantes de l’autre, comme pour couvrir un maximum de son corps. Son pull à rencontré le mien dans un bruit spongieux, amplifié par la lourdeur du silence. Je n’ai pas serré l’étreinte malgré l’irrépressible envie de l’étouffer dans mes bras pour faire s’en aller la nausée qui avait enlacée mon estomac à la seule idée qu’il puisse vouloir faire tomber la nuit éternelle sur ses jeunes jours.
J’ai simplement encastré chaque cellule de moi dans les siennes, fait entrer en contact tout ce qu’il était corporellement possible de faire entrer en contact entre nous. Un exercice d’emboîtement rapide et naturel lorsque l’on connaît si parfaitement le corps de l’autre. Sa taille, ses courbes, la moindre des ses formes, de ses extrémités, le moindre contour, comme un morceau arraché de moi à l’origine, chaque terminaison nerveuse semblant cicatrisées en faisant la continuité des miennes…




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[info]jukli
2007-03-24 08:46 pm UTC (link)
Quel régal de relire enfin tes lignes. J'aime tellement ces mots précis et imagés et beaux que tu emplois pour réussir à passer parfaitement un message. C'est sombre, c'est étouffant un peu aussi. J'aime. J'en voudrais plus. Parce que ça me remue de l'intérieur et que tu sembles toujours y parvenir. J'ai un peu mal au ventre de voir autant d'expressions si claires s'apposer à des pensées, émotions furtives que j'ai pu ressentir parfois sans réussir à les arrêter suffisament longtemps pour les analyser comme tu sais si bien le faire.
Je suis un peu frustrée, je l'avoue. J'espère que tu nous offrira encore de quoi nous régaler, un jour, même si ce n'ets pas une suite, même si c'est autre chose.

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[info]oofoetusoo
2007-04-03 02:36 pm UTC (link)
Ma lectrice de l'ombre, assidue et fidèle... ^^
Je n'ai jamais eu autant besoin qu'on lise mes écrits qu'en cet instant critique de mon existence, et de voir que même mes intervalles spasmodiques de gastéropode entre chaque réalisation ne te rebutent pas, et que j'ai toujours par les mots main mise sur ton estomac suffit à me garder la tête hors de l'eau.
Au risque de jouer les pseudos artistes torturés, j'ai l'impression qu'en vieillissant je suis si capricieuse avec ce que j'écris que je finirais par ne plus rien laisser sortir de ma tête. Mais s'il y a toujours quelqu'un pour être touché, alors tout espoir n'est pas perdu, merci mademoiselle :)

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